Comment produire et conserver vos semences d’arachide

Magot d'arachides

Voici un beau projet facile à faire avec vos jeunes enfants. Prévoyez pour les régions nordiques comme le Québec, planter vos semences à l’intérieur 5 semaines avant la date du dernier gel au sol. Pour cela, entailler la coquille pour laissez plus de chances à cette légumineuse de croître rapidement.

Texas White and Red (2014) 5En effet, on croit souvent qu’une arachide est une noix… erreur! Comme elle origine des régions tropicales, la chaleur et l’humidité demeurent la clé du succès pour la germination. Pour cela, enterrer les graines dans un pot (muni de trous de drainage) avec un mélange humide de compost, peat moss et de vermiculite à raison d’un tiers de mélange chacun. Installez une pellicule plastique sur le dessus du pot et entourez-le d’un élastique. Cela créera un effet de serre lorsque vous déposerez vos pots près d’une source de chaleur ou sur le bord de la fenêtre. La terre doit demeurer humide mais pas détrempée.

Texas White and Red (2014) 4

Dès l’apparition des premières feuilles, enlevez votre plastique. Trop longtemps enfermées, vous risquez de contaminer vos pousses par l’Aspergilus flavu ou aflatoxine, moisissure cancérigène. C’est l’une des raisons qui expliquent la surveillance constantes des autorités gouvernementales pour contrôler la qualité des arachides vendues sur le marché (tant nature, salées qu’en beurre ou contenue dans une foule de produits alimentaires).

Texas White and Red (2014) 3Par la suite, assurez-vous de transplanter vos pousses dans un sol plus sableux et très ensoleillé; milieu qu’elle apprécie davantage. Espacez chacun des plants d’environ 10 cm et 75 cm entre les rangs si vous en plantez beaucoup. Assurez-vous surtout qu’il n’y ait plus de risques de gel au sol; sinon, c’est fatal. Pour les moins grosses productions, faites des bosquets ou de gros pots feront très bien l’affaire. La maturité espérée variera aux alentours de 5 mois ou 110 jours. Arrosez à intervalle régulier avant la floraison mais n’utilisez jamais d’engrais. Cela freinerait la formation des fleurs; donc des arachides.

Texas White and Red (2014)En effet, même si la fleur est hermaphrodite, c’est-à-dire qu’elle continent à la fois les organes mâles et femelles, assurez-vous qu’il n’y ait aucune autre variété à moins de 1,5 km de distance pour conserver le caractère unique de la variété. Lorsque les fleurs apparaîtront, la magie de la nature fait en sorte qu’une fois pollinisées, les gynophores s’enfonceront dans la terre pour produire leurs gousses. Fascinant! Ça émerveille les enfants et nous aussi à chaque fois. En automne, tirez sur le plant jauni et ratatiné puis… TADAM! une grappe de « peanuts ». La prochaine étape consiste à nettoyer votre butin. 

Premièrement, remplir un récipient à moitié jusqu’au trois quarts  d’arachides en suivant cet ordre.
(1) Pulvériser de l’eau,
(2) Brasser
(3) Pulvériser à nouveau
(4) Brasser encore et finalement
(5) Transférer les arachides dans un deuxième récipient vide à l’aide d’une spatule trouée.

Essai 2014 avec une bâche surélevée. Grillage obligatoire contre les chats

Essai 2014 avec une bâche surélevée. Grillage obligatoire contre les chats

Vider l’eau boueuse du premier et répéter l’exercice (étape 1 è 5) avec le deuxième contenant jusqu’à ce que les arachides sont bien rincées. Installer le tout pour quelques jours sur une table pique-nique, un vieux moustiquaire ou toute autre surface où l’air pourra circuler. ATTENTION AUX ÉCUREUILS!!!

Si malheureusement la température joue contre vous, rentrez-les et une surface plastique fera l’affaire. Un ventilateur assurera une bonne aération mais remuez-les à la main une ou deux fois par jour. Sinon, ça pourrait commencer à moisir. Vous remarquerez peut-être rendu à ce moment quelques gousses ratatinées ou lisses et doux au toucher. Éliminez-les car elles sont immatures. Jetez-les au compost. Conservez vos plus beaux spécimens et rangez-les au sec des sacs en filet. Elles se conserveront jusqu’à 4 ans. Rien ne vous empêche de manger les autres.

POUR LES CONSOMMER:
Étendre vos arachides décortiquées sur une plaque à biscuits. Cuire au four à 350 degrés sur la grille du haut pendant 30 à 35 minutes… La cuisson varie selon les goûts. Il est important de noter qu’une plus longue période de temps est requise pour la cuisson si les arachides sont encore dans leur coquille.

Curiosité au potager: le chervis

Le chervis (Sium sisarum L.), aussi connu sous les noms girolle, berle des potagers, chirouis ou en anglais skirret est une plante vivace qu’on consomme pour ses racines comestibles sucrées. Il proviendrait, semblerait-il d’Asie occidentale et centrale. Immigré de l’Allemagne / Russie vers la France au 15e siècle, rien, mis-à-part des écrits du jésuite Louis Nicolas n’en fait échos au début de la colonie française. La plante disparut des radars pendant plusieurs siècles avant de refaire son apparition dans les années 1920 par l’intermédiaire d’une seule compagnie: Dupuy & Ferguson. Et puis après 1930…. plus rien. Disparu! Plus personne n’en vendait au Québec depuis un autre 70 ans. Il faut dire que le légume n’est pas le plus ragoûtant. Le groupe de racines plutôt minces n’indiquent pas nécessairement qu’une fois pelées, elles révéleront un blanc encore plus immaculé. Ça en prend quand même plusieurs pour donner le même rendement qu’une carotte. Donc, un peu plus de travail à la cuisine. C’est peut-être la raison pour laquelle il n’a obtenu aucun succès canadien tant du côté anglophone que francophone. Justement, en 1928, Dupuy & Ferguson mentionnait que:

Les racines de cette plante sont tendres et peu farinacées. On s’en sert de la même manière que le salsifis.

Très rustique (zoné 4), le plant se conserve au jardin tout l’hiver. Pour en obtenir, vous devez semer les graines en automne car elles ont besoin d’une période dormance pour germer. Sinon, stratifier les semences que vous glisserez avec du sable légèrement humide au frigo pendant quelques semaines. Par la suite, déposer dans un sillon peu profond d’une distance de 10 à 15 cm que vous recouvrirez à peine d’un peu de terre. Un petit conseil, la germination des semences demeurent quelque peu erratique, semer davantage pour de meilleurs résultats. Par ailleurs, si vous ne récoltez pas les racines à l’automne (meilleure moment de l’année pour en manger), n’oubliez pas, c’est une biannuelle. Cela veut simplement dire qu’à la 2e année, vous vous retrouverez avec de grandes tiges surmontées d’ombelles prêtes pour la pollinisation et éventuellement, plein de graines. Ne soyez pas surpris… ça attire beaucoup les insectes. Les racines, elles, sont prêtes pour consommation une fois le plant séché. Ne récoltez pas tous les plants car elle se régénèrera et ainsi, vous n’aurez plus à en planter pour le restant de vos jours. Bon à savoir: Tolère les sols humides voire détrempés. Cela demeure selon nous, une autre de ses qualités pour des endroits qui s’égouttent mal ou pour de la permaculture. Ah oui! Pas non plus d’insecte ou de maladie connu. Pas mal pour un légume oublié. Disponible dans notre section pour commander en 2015.

Les 2 premières bibliothèques de semences publiques au Québec

Deanna Kazina (source: /www.naturesummitmb.com)

Deanna Kazina (source: Manitoba nature summit)

En mars 2014, nous avons reçu un courrier électronique de Madame Deanna Kazina. Celle-ci nous informe qu’elle met en branle un projet de conservation de semences ancestrale dont entre autre, la mise sur pied d’une bibliothèque qui permettrait au public en général d’accéder gratuitement à des variétés rares voire en voie d’extinction. Un peu comme un prêt de livres, l’idée consisterait à « emprunter » des graines, les faire pousser et, par la suite remettre une partie des graines récoltées pour les « retourner » là où vous les avez emprunté. Ceci, dans le but de maintenir vivant ce magnifique patrimoine génétique et le rendre à nouveau disponible à d’autres individus.

Originaire de Winnipeg et bachelière en sciences environnementales de l’université Concordia, son expérience de jardinière l’a amené à sauvegarder, entre autre, des semences historiques des Métis au Manitoba durant ces 6 dernières années. Suite à un séjour à Tucson en Arizona à l’automne 2013, où elle a terminé des recherches sur les semences autochtones, cela lui donné l’inspiration de mettre sur pied ce projet unique au Québec, voire en Amérique du Nord.

Chapeauté par Action Communiterre, situé dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce à Montréal, et avec une subvention de l’initiative Bauta, ce projet s’ajoute à leurs multiples programmes sous l’appellation « Partage semences de Montréal » dont la mission consiste à:

améliorer, maintenir et enseigner l’importance de la biodiversité dans notre système alimentaire locale par la culture, la récolte et par le partage des semences ainsi que comment les conserver pour les plantations futures.

Sous 4 objectifs: (1) Multiplier le nombre de semences des variétés à préserver, (2) Cultiver les plants et récolter les graines, (3) Mettre en place une bibliothèque de semences et (4) Instruire les gens sur la manière de sauvegarder les semences, de nombreux ateliers sur ce dernier point sont prévus cet automne pour les intéressés.

Installés à l’été 2014 dans les Jardins de la Victoire, les jardins du campus Loyola de l’université Concordia et le Jardin Tilleul, plusieurs fruits, légumes, fleurs et fines herbes ont pu être multiplié lors de cette première mouture pour éventuellement être offertes à tous aux deux bibliothèques participantes (Concordia et Atwater) dont l’ouverture est prévue à la fin de l’hiver 2015. Parmi les plantes semées notons:

  • Tomate: Grosse tomate rouge, Brandywine pourpre, Rayé caravane, Mémé de Beauce et Petit Moineau.
  • Maïs: Flint de Gaspé
  • Pois: Saint-Hubert
  • Haricot: Thibodeau de Beauce, Canneberge, Vermont canneberge et Maxibel
  • Amarante de colorant rouge Hopi
  • Courgette: Vert foncé
  • Poivre: Mandarin
  • Melon: Noire des Carmes, de Montréal
  • Concombre: Citron
  • Basilic: de Genovese
  • Fleurs: Calendula Flashback, Tournesol Mexicain et Mélange de capucine joyau
  • Laitue: Lolla Rosa Darkness
  • Coriandre

Nous sommes fiers de leur avoir remis quelques spécimens de notre patrimoine du Québec pour la postérité. Félicitations!!! Pour vous impliquer vous aussi ou pour des renseignements complémentaires, n’hésitez pas à communiquer avec l’instigatrice, Deanna Kazina aux coordonnées suivantes:

Action Communiterre
6244, Sherbrooke ouest
Montréal (Québec)
H4B 1M2
514-484-4277 / 204-813-0806
deanna@actioncommuniterre.qc.ca

Pour en savoir avantage: Consultez le premier rapport d’activités Partage semences Montréal (PDF 120 mo).

 

La tomate Ledoux spécial

Feuillage et fleurs de la tomate Ledoux spécial

Feuillage et fleurs de la tomate Ledoux spécial

L’une des premières choses qu’on a remarqué en faisant pousser cette variété supposément du patrimoine du Québec et ce, bien avant l’apparition des fruits, fût sans contredit son feuillage.

En effet, des feuilles de type « pomme de terre » peuvent nous indiquer un cultivar dont le cycle de production sera court. C’est effectivement le cas avec en général une maturité variant entre 65 et 85 jours. Je sais, il y a quand même un gros écart de temps dans les diverses sources consultées mais disons que chez-nous, vous pourrez espérer en récolter en 75 jours environs; ce qui en fait une tomate de mi-saison.

Tomate Ledoux spécial

Tomate Ledoux spécial

Avec peu de graines, à la chair dense, sucrée, le fruit (entre 100-300gr) saura réjouir les amateurs de sandwichs aux tomates car une tranche suffira d’habitude pour couvrir votre pain. Certains n’aimeront peut-être pas l’insertion du pédoncule creuse (là où la tige se forme) plutôt profonde. Avec des épaules côtelées, ces deux combinaison provoquent parfois des endroits propices où se logent poussière et débris. Cela pouvant même entraîner une mauvaise évaporation de l’eau qui, à la longue noircira les fentes. Mais vous comprendrez qu’à l’époque, le soucis d’apparence n’avait pas autant d’importance qu’aujourd’hui. Il serait donc dommage de vous en priver. Si vous décidez de la cultiver, attendez-vous à en récolter beaucoup. On en a dénombré jusqu’à 20 spécimens sur un seul plant. Un bon gros tuteur de 2 mètres de hauteur s’avère un allié précieux car la plante peut s’élever jusqu’à 200cm et s’affaisser rapidement au sol à cause de son poids suite à un brusque coup de vent.

Il est pertinent finalement de noter qu’un fruit mûr demeurera sur le plant et ne tombera pas par terre et ce, même pourrie. Bien oui, on fait toutes sortes d’expériences avec nos fruits et légumes.

Si vous connaissez davantage son historique, nous vous serions reconnaissant de la partager avec nous.

En effet, il n’y a rien (et ce n’est pas faute d’avoir cherché) qui explique sa provenance. Outre la mention de son origine québécois, rien d’autre. Et comme on est curieux, vos anecdotes seront toujours appréciées.

Le jardin forestier d’Annie et Jules

Noix du noyer noir

Fruits du noyer noir. La noix est entourée d’un brou qu’on doit enlever avant de l’atteindre.

Le 19 août 2014, ma conjointe Véronique me fit une invitation bien particulière à l’heure du souper.

En effet, dans le cadre de son travail de journaliste, celle-ci visita lors de cette journée un couple septuagénaire fort chaleureux pour un sujet sans lien direct avec cet article. Pour préserver leur désir de confidentialité, leur nom de famille et leur localisation géographique ont été volontairement préservés. À la fin de leur entretien, le mari invite Véronique à lui montrer ses arbres dont il est très fier. Sans qu’il sache son intérêt personnel pour le sujet, elle se rend vite compte de la richesse et de la biodiversité spectaculaire présent sur ce terrain de ville, eux qui y résident depuis les années 1950. Aussitôt, elle leur demande si elle peut m’inviter à voir ce coin de paradis; ce qu’ils acceptèrent avec joie.

Pommiers colonnaires cultivés depuis déjà une trentaine d'années.

Pommiers colonnaires cultivés depuis déjà une trentaine d’années.

Je suis donc deux jours plus tard entouré de tulipier, érable drummondii, amélanchier, ginko biloba, cognacier, charme de Caroline, métaséquoia, maackia, robinier, katsura, hop tree, platane, bambou 3 couleurs, etc… Et ce, sans compter une série d’arbres fruitiers notamment, pour n’en citer que quelques-uns, sureaux, pommiers colonnaires, pruniers, cerisier de France et même un figuier dont j’ai pu goûter le fruit mûr à point… un pur délice. Sans compter le potager rempli de lanternes chinoises, framboisiers, asperges, betteraves et autres denrées s’intégrant à cet univers végétal.

Une feuille de maackia. Pas facile à ramasser à l'automne car elles tombent toutes en même temps et prennent beaucoup de place.

Une feuille de maackia. Pas facile à ramasser à l’automne car elles tombent toutes en même temps et prennent beaucoup de place.

Au fil du temps, ils ont planté et expérimenté toutes une série de plantes et d’arbres peu connues des gens « ordinaires ». J’utilise cet adjectif car bien que je sois un amateur de fruits et légumes anciens, je me suis senti rapidement dépassé. On est loin de la haie de cèdre et même là, l’originalité à laissé sa place à une haie en palissade conçue avec un pommetier. Jules nous raconta que cette passion s’est transformée au point où il tente toutes sortes d’expériences de transplantation et de reproduction par semences depuis belle lurette. Durant notre conversation, j’apprends qu’il a même aidé le Ministère de l’agriculture du Québec dans les années 2000 dans la production de noyers noirs.

Pommetier produisant des pommettes miniatures établi comme haie. Celle-ci doit être taillée régulièrement car elle croît très vite.

Pommetier produisant des pommettes miniatures établi comme haie. Celle-ci doit être taillée régulièrement car le style « palissade » fait en sorte qu’elle croît très vite.

En effet, propriétaire d’une terre à bois, il y planta, il y a 30 ans, près de 1000 individus. Après une série d’essais-erreurs, il pu apprendre la manière d’en reproduire à l’aide des graines. Une anecdote intéressante de Jules nous rappela qu’à l’époque de la 2e guerre mondiale, le noyer noir a été coupé de manière abusive pour produire les crosses des fusils des soldats. Cela fit en sorte que l’espèce a pratiquement disparu au Québec. Pour le réintroduire sur ses terres, il fit un détour dans les forêts américaines dans les années 1980, aux limites de la frontière des États-Unis pour rapporter une énorme cargaison de noix. Le fruit comestible s’avère riche en protéine et mériterait à coup sûr une attention de notre part pour ceux et celles désireux joindre l’utile à l’agréable soit planter un arbre d’ombre et produire des aliments.

Même s'il grandi dans les zones tempérés, Jules est parvenu a cultiver un métaséquoia, dernière espèce de l'ère du Pilocène... Ça veut dire que c'est très vieux.

Même s’il grandi dans les zones tempérées, Jules est parvenu a cultiver un métaséquoia, dernière espèce de l’ère du Pilocène… Ça veut dire que c’est très vieux.

Quoi qu’il en soit, soyez assurés que les écureuils aussi se feront une joie de vous en départir. Jules nous montra justement le trou laissé par l’animal dans un fruit aussi dure qu’une roche. Il se remémora aussi les efforts gâchés par ces petites bêtes lorsqu’ils déterrèrent la majorité de ses noix plantés en forêt. Pour l’extirper la semences, notre homme s’est confectionné lui-même un outil permettant une extraction plus facile car, selon ses dires, le marteau s’avère inefficace et on risque de se blesser.

Après 2 heures et demi de conversation, le couple nous invite à prendre un rafraîchissement. Jules nous montre une de ses récentes réalisations: un camion de style antique confectionné avec toutes les essences de bois cultivé. Sa création lui aura demandé 10 ans. Y’a pas à dire… y’en a qui sont patients. Si vous agrandissez la photo, vous remarquerez qu’il a intégré dans la boîte du camion une grande variété de noix et graines des arbres qu’il affectionne.

Merci à vous deux pour cette leçon d’inspiration. Le plant de ginko biloba offert en cadeau trouvera une place de choix dans notre jardin qui, je l’espère saura se rapprocher de l’esprit qui a animé ses donateurs et inspirer nos lecteurs à créer eux aussi leur coin de paradis.

Camion de multiples essences de bois

Gagnante de notre concours été 2014

Nous tenons à féliciter Madame Marion Fellay, gagnante de notre concours estival 2014. Cette dernière s’est méritée une variété de haricot Grand-maman Dinel, issue de notre patrimoine agricole québécois. Merci aussi à tous les participants et participantes. Vous êtes à chaque fois de plus en plus nombreux. On se rend compte aussi qu’il est difficile de vous en passer une vite…. grâce à Internet.

En effet, pour les curieux, notre question s’articulait ainsi:

Je suis composé de thym, verveine, myrte et marjolaine.
Un fois séché, je suis réduite en fine poudre et passée au tamis.
On m’insère dans un petit baluchon de tissus qu’on suspendra au cou pour le soir du bal de la Saint-Jean et ceci afin d’envouter l’élu(e) de son cœur. Qui suis-je?

Fête de la Saint-Jean

Tous ceux ayant répondu « poudre de badinage » auront visé dans le mille.

À l’époque, la croyance voulait qu’à la Saint-Jean, les plantes atteignaient l’apogée de leur force au solstice d’été; puisant dans la terre toute l’énergie dont elles avaient besoin. C’était le moment de les récolter pour en concocter toutes sortes de potions ou de mélanges. Sept plantes se distinguaient par leur caractère sacré: la sauge, la marguerite, l’armoise, le lierre terrestre, la joubarbe, le millepertuis et le millefeuille. Parmi ces rituels, la poudre de badinage ne faisait pas exception et pour la cause, on suggérait de cueillir les ingrédients avec « le cœur aussi frais que les mains ». La magie opérait davantage si nous étions dans une période amoureuse. Après la cueillette, on sèche les ingrédients, réduit le tout en poudre pour passer la composition au tamis. Dans un petit baluchon porté au cou le soir d’une soirée, certains en renifleront les effluves tandis que d’autres tenterons de le faire sentir è l’élu(e) pour qu’il tombe en pamoison.

 

Encore une fois, merci de votre participation.

Les fruits et légumes moches

Tomate mocheBonjour à toutes et à tous!
On est vraiment heureux de vous retrouver sur la blogosphère après des vacances bien méritées. Nous sommes déjà à préparer le terrain pour l’automne et nous avons eu à arracher un plant de tomate trop envahissant.

Évidemment, plusieurs tomates, encore vertes ont été récupéré pour être mises au soleil. Parmi le lot, un vilaine toute laide qui n’aurait pas passé le test de l’uniformité de nos marché d’alimentation ici au Québec. Ça nous a justement fait songer à une campagne sympathique de publicité française de l’Intermarché pour réhabiliter tous ces fruits et légumes hors normes (voir ici-bas). Ça vaut la peine d’en voir une car elles durent seulement une minute.

Saviez-vous qu’en 2014, l’Europe s’est engagée à mettre des mesures en place pour contrer le gaspillage alimentaire?

De fait, chaque année, c’est 300 millions de tonnes de denrées alimentaires (partout sur la planète) qui sont jetées puisque les producteurs/détaillants et consommateurs écartent des produits bons pour la consommation mais qui ne répondent pas à des critères esthétiques.

Au Québec, Le ministère québécois de l’Agriculture, des Pêches et de l’Alimentation a estimé qu’en 2012 entre le cinquième et la moitié des déchets de l’industrie alimentaire sont des aliments propres à la consommation. Chaque personne jette annuellement 183 kilos de nourriture (un demi-kilo ou une livre par jour). C’est énorme lorsqu’on constate les besoins criants des banques alimentaires.

Quoi qu’il en soit, la réponse des Français fût au-delà des espérances de l’entreprise.

Toutefois, il y a sûrement un lien entre le fait qu’il y ait, pour la même quantité de fruits ou de légumes, une différence de prix pouvant parfois varier jusqu’à 70%; un argument de poids lorsqu’on comprend qu’une fois transformé, qui peut dire l’apparence qu’avait l’aliment de base. C’est dommage qu’ici, les entreprises y réfléchissent encore et encore…. Y’a pas à dire, à force de mûrir à l’idée, eux aussi vont pourrir. Alors SVP, ne gaspillez pas ces mal-aimés du jardin.

 

Le haricot « Grand-maman Dinel »

Haricot Grand-maman DinelLe 11 mars 2008, suite à un épisode de l’émission de télévision « Du cœur au ventre » de Radio-Canada, mettant en vedette Jean-François Lévesque, propriétaire des Jardins de l’Écoumène, Judith David lui fait parvenir un courrier électronique pour lui proposer des graines de haricot jaune grimpant cultivés dans sa famille depuis plus de 100 ans.

De fait, cette dernière avait espoir de perpétuer cette variété après avoir appris que Monsieur Lévesque avait comme passion de « cultiver d’anciennes variétés de légumes, d’encourager l’agriculture biologique et de faire un pied-de-nez aux semences transgéniques, de protéger et cultiver des variétés bien adaptées au climat du Québec ».

En effet, sa grand-mère, Maximilienne Corbeil Dinel les a semée presque toute sa vie (elle les appelait « mes rameuses« ) et elle veut les protéger d’une possible extinction puisqu’elle demeure l’une des rares à les propager. En réponse, Monsieur Lévesque précise « qu’il doit prendre le temps de faire des essais et de découvrir l’origine botanique de cette variété avant de la faire connaître au reste du monde ». En 2012, ses recherches piétinent et il nous demande de relever ce défi avec lui; ce que nous acceptons avec joie et empressement. Après une première année d’essais et d’observations, voici nos constats.

Judith David

Judith David

Nous tenons à préciser qu’il est très important pour nous de documenter l’historiographie de Maximilienne Corbeil Dinel car elle nous permet de cadrer les événements, les personnages et ainsi dresser le portrait le plus fidèle possible du cultivar pour de futures recherches. Nous nous sommes aussi permis d’ajouter quelques-unes de nos propres notes à même le texte suite à sa culture en 2013.

Née le 12 avril 1886 à Notre-Dame-de-la-Paix, Maximilienne Corbeil unit sa destinée à Léandre Dinel (1885-1946) le 22 juillet 1907 (voir documents historiques au bas du texte). Elle recevra les fameuses semences en cadeau de noce (donneur inconnu) lors de cette célébration. 6e d’une famille de 9 enfants, elle demeurera sur la ferme achetée à Vinoy (aujourd’hui fusionnée avec la municipalité de Chénéville) sur laquelle naîtra 8 enfants dont sa fille aînée Gabrielle (1909-2006), mère de Judith David. Selon les souvenirs de jeunesse de cette dernière:

Ma grand-mère en plantait à grosse échelle et elle en récoltait vraiment beaucoup. Mais ce n’est pas tout le monde qui aimait son goût. Sa principale caractéristique, c’est son temps de cuisson. Pas plus de 5 ou 6 minutes sinon elle devient farineuse.

Elle rajoute « qu’il faut le cueillir jeune », c’est-à-dire jaune avec encore un peu de vert dessus.

Effectivement, selon nos observations, la graine se forme rapidement et si vous passez le bon moment de récolte, elle deviendra pâteuse. Selon Madame David, sa grand-mère les mangeaient cuits avec une noisette de beurre saupoudrés de sel et de poivre… pas plus. Elle en faisait aussi des conserves. Nous avons également remarqué et fait confirmer par Madame David que la floraison se poursuit jusqu’à la première gelée. En se remémorant, sa grand-mère les plantait en mai directement au sol, dans une terre argileuse mêlée de compost dès le dernier gel passé sur un site ensoleillé et bien drainé.

Haricot Grand-maman Dinel 2Pour sa part, elle sème ses fèves autour d’une perche d’environ 6 pieds surmontée d’une croix à laquelle sont attachées 4 cordes encrées au sol, 4 à 5 fèves sont semées à la base de chaque corde et les fèves grimpent facilement sur les cordes jusqu’à la croix.

Maximilienne Corbeil Dinel est décédée à Saint-André-Avellin le 30 janvier 1990 à l’âge de 103 ans. Elle nous aura légué bien plus qu’un haricot. La municipalité de Chénéville (zoné 4a) a inauguré en 1986 en sa présence la « montée Dinel » pour commémorer la contribution de cette femme dans cette région.

Qui plus est, pour son 100e anniversaire de naissance, un article paru le 14 avril 1986 dans le journal « Le Droit » d’Ottawa sous le titre « Les cent ans de grand-maman Dinel » citera entre autre le témoignage de Robert Burns, juge à la cour du travail:

Elle avait 94 ans et travaillait encore dans son jardin. Quand j’arrêtais la voir, elle me parlait toujours de ce qu’elle allait planter l’année suivante. Pour moi qui était dans la cinquantaine à ce moment là, c’était quelque chose d’assez particulier.

Ainsi donc, après avoir pris notes et photographies, l’étape subséquente nous a amené à rechercher l’origine de la variété. Après avoir planché pendant plus d’un an dans d’anciens catalogues (Québécois et Ontariens), contacté des personnes ressources tant professionnelles qu’amateures, fouillé dans des bases de données, comparé plusieurs centaines de spécimens, nous n’avons malheureusement encore pu retrouver la souche originale. Nous y travaillons encore et faisons appel à toutes personnes désireuses de nous assister dans cette tâche.

Maximilienne Dinel (source: Judith David)

Maximilienne Corbeil Dinel (source: Judith David)

Toutefois, même incomplète, il nous apparaissait utile d’en dresser un portrait le plus fidèle possible dans l’éventualité qu’une personne bien intentionnée ait des renseignements pertinents à ajouter à la connaissance de ce légume du terroir québécois.

Malgré nos bonnes intentions, il y a eu continuellement un ou plusieurs éléments non conformes avec notre haricot témoin (couleur ou forme des semences, du légume, de la fleur, hauteur du plant, etc.). En attendant de le (re)découvrir, voici quand même quelques constats importants suite à nos démarches:

  • En 1907 (année où Maximilienne Corbeil Dinel a reçu ses graines), les variétés grimpantes qu’on appelle à « rame » en français et « pole bean » en anglais sont, en grande majorité, vertes. Ça diminue beaucoup les recherches.
  • Les grimpantes sont aussi moins nombreuses que les naines; ça rétrécie encore davantage les choix possibles.
  • Peu importe les entreprises de l’époque qu’elles soient québécoises ou ontariennes ( Reenie’s, Ewing, Simmer, Morisset, etc.) l’offre est relativement semblable d’une compagnie à l’autre.
  • Il existe néanmoins encore des centaines de cultivars en provenance d’autres pays (États-Unis, France, Ex-URSS, etc.) qui n’ont pas encore été comparé. Rien ne nous démontre qu’il ne serait pas issu de l’un d’entre eux.
  • Il y a des chances pour que le cultivar actuel se soit adapté et aurait peut-être pu même développer certaines caractéristiques propres rendant le jumelage plus difficile.

Documents historiques en PDF concernant le mariage de Léandre Dinel et de Maximilienne Corbeil: Noces Léandre Dinel et Maximilienne Corbeil (1) Noces Léandre Dinel et Maximilienne Corbeil (2)

Nous tenons à souligner sincèrement la précieuse collaboration de Judith David et de Jean-François Lévesque sans qui cet article n’aurait été possible. Toutes reproductions des photographies sont interdites à moins d’autorisation.

Le festival de l’ail de Sainte-Anne-de-Bellevue

Vous prévoyez faire un tour du côté de Sainte-Anne-de-Bellevue le samedi 23 août 2014 ? Profitez-en pour visiter leur festival de l’ail. Pour cette 8e édition, la journée sera consacrée à l’ail québécois de plus en plus prisé par les connaisseurs.

Par ailleurs, vous pourrez rencontrer de nombreux producteurs locaux et assister à divers ateliers tels des démonstrations de cuisine, les méthodes de culture organique, déguster des mets à base d’ail, etc.. Il y a même le concours du meilleur dessert à l’ail.

Bref, amenez votre rince-bouche. L’an passé, pas moins de 3500 personnes s’y sont déplacés. Préparé par Le Marché des Fermiers de Sainte-Anne, les organisateurs vous convient aussi à d’autres thématiques du même genre tout au long de l’année telles la journée de la tomate le 16 août, la fête du piment du Chili le 27 septembre et la fête des récolte lors de l’action de grâce du 25 octobre.

Barthélémie-Télésphore et Anatole Décarie, pères du melon de Montréal

On parle de plus en plus de la renaissance du melon de Montréal; un fruit dont la célébrité atteignit son apogée entre 1870 et 1920. Mais derrière cette ancienne vedette, se cache des artisans lui ayant consacré presque leur vie entière notamment Barthélémie-Télésphore Décarie (1841-190?) et son fils Anatole (1884-?).

En effet, l’une des traditions orales voudrait que l’origine du melon musqué proviendrait de semences de France apportées par l’un des employés du père.

Par ailleurs, la renommée de leurs terres (entre la rue St-Jacques jusqu’à la côte St-Luc) et situées sur ce qu’on appelle aujourd’hui Notre-Dame-de-Grâce faisait aussi en sorte qu’on conférait d’autres commentaires élogieux à d’autres types de récoltes comme le cite un article paru dans le journal « La Patrie » du 9 août 1903:

les pommes, les tomates, les choux et les oignons de Notre-Dame-de-Grâce y sont célèbres.

La famille établie depuis 1675 construisit une maison qui accueillie pas moins de 9 générations. C’est justement en leur honneur, l’une des premières à s’être installée à Montréal qu’on nomma l’avenue Décarie, aujourd’hui Boulevard, Décarie. On voit justement une photographie de la résidence familiale au tournant du XIXe siècle jusqu’au moment de sa démolition survenue en 1912 pour laisser place à la voie ferrée du Canadien Pacifique.

Maison Décarie construite en 1680 (photo: www.n-d-g.ca)

Maison Décarie construite en 1680 (photo: http://www.n-d-g.ca)

Même maison en 1850

Même maison en 1850

En effet, outre ses deux personnages, il y a eu d’autres artisans venus porter leur brique au monument de ce fruit typiquement québécois, notamment la famille Gorman mais la contribution, d’Anatole Décarie, réputé « grand-maître », fût sans contredit, celle de créer une souche 10 jours plus précoce que ses compétiteurs. Pour le commun des mortels, cela ne veut pas dire grand chose mais pour un agriculteur, c’est toute une différence pour l’époque. Cette technique aurait été inspiré par un soi-disant livre d’Europe bien particulier du nom de « livre des horticulteurs français et étrangers« .

En effet, selon l’ouvrage « Montréal, activités, habitants, quartiers« , d’Annette Beaulieu édité en 1984 par la Société historique de Montréal, celle-ci y fait la mention suivante:

La culture du fruit laissé par son père, Télesphore Décarie, a pu sélectionner de superbes gros melons mûrs à point sur ses terres de Notre-Dame-de-Grâce. Cette science aurait été inspiré, entre autre, d’un livre français intitulé: Livre des horticulteurs français et étrangersCe bouquin, gros comme un dictionnaire, avait été consulté si souvent que la couverture en était toute usée, tout comme les pages marquées de signets, surtout aux endroits où l’on traitait de la culture du melon.

C’était cette réputation exceptionnelle qui faisait en sorte que de nombreux établissements prestigieux tels l’hôtel Windsor de Montréal venait s’approvisionner chaque année. Une anecdote intéressante fait état que lors d’une mauvaise saison ou les melons s’avéraient peu présentables en raison de taches et d’une peau fendillée, Anatole Decarie suggéra en contrepartie au représentant de l’hôtel une confiture de melon confectionnée par sa femme Marie-Catherine. Ce dernier fut si impressionné qu’il en commanda suffisamment pour la faire travailler, elle et ses aides pendant quinze jours consécutifs juste pour répondre à la demande. Si nous tombons sur la recette, on vous la partagera c’est sûr.

Source: archives de Montréal

Source: archives de Montréal

Une autre histoire singulière mentionne qu’un jour, un ami personnel du roi Édouard VII (1841-1910), un dénommé Monsieur Dawson, client de l’hôtel Windsor, cherchait un cadeau particulier à offrir au souverain pour son retour au pays. Se souvenant du goût remarquable du fruit, il vint trouver Anatole avec lequel il choisit des spécimens de très bonnes dimensions qu’ils expédièrent entourés de mousse dans de grosses caisses à claire-voie (cela signifie avec fenêtres pour laisser passer le jour) étiquetées au nom du roi, comme on le voit sur l’image ci-contre. Nous n’avons pu trouver de traces de la réaction ou de commentaires de l’empereur sur ce cadeau.

Néanmoins, outre New-York, Philadelphie, Boston et Chicago où les melons étaient expédiés par des entreprises spécialisées, la compagnie familiale satisfaisait la bourgeoisie Montréalaise en distribuant les fruits en charrette comme le fait foi cette image à gauche (estimée vers 1910) sur laquelle on retrouve en arrière plan, Anatole Décarie.

Charette de melons de Montréal (vers 1910)
Photo: Yves Decarie

Malheureusement, le melon ne survécu pas aux grandes transformations technologiques agricoles, aux nouveaux goûts des consommateurs et le savoir des hommes, incluant leur créations. se perdirent avec le temps.

En effet, dès 1956, plus personne n’en produisait et les semences avaient disparu des catalogues. Aujourd’hui, des tentatives sont à l’essai pour sa réhabilitation mais de mémoires d’homme, il faudrait bien du temps avant de revoir une telle merveille gustative. Le travail et la passion d’une vie, cela ne se recrée pas du jour au lendemain. Vous pouvez visualiser une capsule vidéo de 6 minutes qui relate, entre autre, l’agriculture de cette époque dans la région de Montréal avec un petit clin d’œil sur ces deux hommes et leur melon.

 

Pour en savoir plus, consultez un de nos anciens articles intitulé : Le melon de Montréal (mise à jour).

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 471 autres abonnés