Gagnante de notre concours été 2014

Nous tenons à féliciter Madame Marion Fellay, gagnante de notre concours estival 2014. Cette dernière s’est méritée une variété de haricot Grand-maman Dinel, issue de notre patrimoine agricole québécois. Merci aussi à tous les participants et participantes. Vous êtes à chaque fois de plus en plus nombreux. On se rend compte aussi qu’il est difficile de vous en passer une vite…. grâce à Internet.

En effet, pour les curieux, notre question s’articulait ainsi:

Je suis composé de thym, verveine, myrte et marjolaine.
Un fois séché, je suis réduite en fine poudre et passée au tamis.
On m’insère dans un petit baluchon de tissus qu’on suspendra au cou pour le soir du bal de la Saint-Jean et ceci afin d’envouter l’élu(e) de son cœur. Qui suis-je?

Fête de la Saint-Jean

Tous ceux ayant répondu "poudre de badinage" auront visé dans le mille.

À l’époque, la croyance voulait qu’à la Saint-Jean, les plantes atteignaient l’apogée de leur force au solstice d’été; puisant dans la terre toute l’énergie dont elles avaient besoin. C’était le moment de les récolter pour en concocter toutes sortes de potions ou de mélanges. Sept plantes se distinguaient par leur caractère sacré: la sauge, la marguerite, l’armoise, le lierre terrestre, la joubarbe, le millepertuis et le millefeuille. Parmi ces rituels, la poudre de badinage ne faisait pas exception et pour la cause, on suggérait de cueillir les ingrédients avec "le cœur aussi frais que les mains". La magie opérait davantage si nous étions dans une période amoureuse. Après la cueillette, on sèche les ingrédients, réduit le tout en poudre pour passer la composition au tamis. Dans un petit baluchon porté au cou le soir d’une soirée, certains en renifleront les effluves tandis que d’autres tenterons de le faire sentir è l’élu(e) pour qu’il tombe en pamoison.

 

Encore une fois, merci de votre participation.

Les fruits et légumes moches

Tomate mocheBonjour à toutes et à tous!
On est vraiment heureux de vous retrouver sur la blogosphère après des vacances bien méritées. Nous sommes déjà à préparer le terrain pour l’automne et nous avons eu à arracher un plant de tomate trop envahissant.

Évidemment, plusieurs tomates, encore vertes ont été récupéré pour être mises au soleil. Parmi le lot, un vilaine toute laide qui n’aurait pas passé le test de l’uniformité de nos marché d’alimentation ici au Québec. Ça nous a justement fait songer à une campagne sympathique de publicité française de l’Intermarché pour réhabiliter tous ces fruits et légumes hors normes (voir ici-bas). Ça vaut la peine d’en voir une car elles durent seulement une minute.

Saviez-vous qu’en 2014, l’Europe s’est engagée à mettre des mesures en place pour contrer le gaspillage alimentaire?

De fait, chaque année, c’est 300 millions de tonnes de denrées alimentaires (partout sur la planète) qui sont jetées puisque les producteurs/détaillants et consommateurs écartent des produits bons pour la consommation mais qui ne répondent pas à des critères esthétiques.

Au Québec, Le ministère québécois de l’Agriculture, des Pêches et de l’Alimentation a estimé qu’en 2012 entre le cinquième et la moitié des déchets de l’industrie alimentaire sont des aliments propres à la consommation. Chaque personne jette annuellement 183 kilos de nourriture (un demi-kilo ou une livre par jour). C’est énorme lorsqu’on constate les besoins criants des banques alimentaires.

Quoi qu’il en soit, la réponse des Français fût au-delà des espérances de l’entreprise.

Toutefois, il y a sûrement un lien entre le fait qu’il y ait, pour la même quantité de fruits ou de légumes, une différence de prix pouvant parfois varier jusqu’à 70%; un argument de poids lorsqu’on comprend qu’une fois transformé, qui peut dire l’apparence qu’avait l’aliment de base. C’est dommage qu’ici, les entreprises y réfléchissent encore et encore…. Y’a pas à dire, à force de mûrir à l’idée, eux aussi vont pourrir. Alors SVP, ne gaspillez pas ces mal-aimés du jardin.

 

Le haricot "Grand-maman Dinel"

Haricot Grand-maman DinelLe 11 mars 2008, suite à un épisode de l’émission de télévision "Du cœur au ventre" de Radio-Canada, mettant en vedette Jean-François Lévesque, propriétaire des Jardins de l’Écoumène, Judith David lui fait parvenir un courrier électronique pour lui proposer des graines de haricot jaune grimpant cultivés dans sa famille depuis plus de 100 ans.

De fait, cette dernière avait espoir de perpétuer cette variété après avoir appris que Monsieur Lévesque avait comme passion de « cultiver d’anciennes variétés de légumes, d’encourager l’agriculture biologique et de faire un pied-de-nez aux semences transgéniques, de protéger et cultiver des variétés bien adaptées au climat du Québec ».

En effet, sa grand-mère, Maximilienne Corbeil Dinel les a semée presque toute sa vie (elle les appelait "mes rameuses") et elle veut les protéger d’une possible extinction puisqu’elle demeure l’une des rares à les propager. En réponse, Monsieur Lévesque précise "qu’il doit prendre le temps de faire des essais et de découvrir l’origine botanique de cette variété avant de la faire connaître au reste du monde". En 2012, ses recherches piétinent et il nous demande de relever ce défi avec lui; ce que nous acceptons avec joie et empressement. Après une première année d’essais et d’observations, voici nos constats.

Judith David

Judith David

Nous tenons à préciser qu’il est très important pour nous de documenter l’historiographie de Maximilienne Corbeil Dinel car elle nous permet de cadrer les événements, les personnages et ainsi dresser le portrait le plus fidèle possible du cultivar pour de futures recherches. Nous nous sommes aussi permis d’ajouter quelques-unes de nos propres notes à même le texte suite à sa culture en 2013.

Née le 12 avril 1886 à Notre-Dame-de-la-Paix, Maximilienne Corbeil unit sa destinée à Léandre Dinel (1885-1946) le 22 juillet 1907 (voir documents historiques au bas du texte). Elle recevra les fameuses semences en cadeau de noce (donneur inconnu) lors de cette célébration. 6e d’une famille de 9 enfants, elle demeurera sur la ferme achetée à Vinoy (aujourd’hui fusionnée avec la municipalité de Chénéville) sur laquelle naîtra 8 enfants dont sa fille aînée Gabrielle (1909-2006), mère de Judith David. Selon les souvenirs de jeunesse de cette dernière:

Ma grand-mère en plantait à grosse échelle et elle en récoltait vraiment beaucoup. Mais ce n’est pas tout le monde qui aimait son goût. Sa principale caractéristique, c’est son temps de cuisson. Pas plus de 5 ou 6 minutes sinon elle devient farineuse.

Elle rajoute « qu’il faut le cueillir jeune », c’est-à-dire jaune avec encore un peu de vert dessus.

Effectivement, selon nos observations, la graine se forme rapidement et si vous passez le bon moment de récolte, elle deviendra pâteuse. Selon Madame David, sa grand-mère les mangeaient cuits avec une noisette de beurre saupoudrés de sel et de poivre… pas plus. Elle en faisait aussi des conserves. Nous avons également remarqué et fait confirmer par Madame David que la floraison se poursuit jusqu’à la première gelée. En se remémorant, sa grand-mère les plantait en mai directement au sol, dans une terre argileuse mêlée de compost dès le dernier gel passé sur un site ensoleillé et bien drainé.

Haricot Grand-maman Dinel 2Pour sa part, elle sème ses fèves autour d’une perche d’environ 6 pieds surmontée d’une croix à laquelle sont attachées 4 cordes encrées au sol, 4 à 5 fèves sont semées à la base de chaque corde et les fèves grimpent facilement sur les cordes jusqu’à la croix.

Maximilienne Corbeil Dinel est décédée à Saint-André-Avellin le 30 janvier 1990 à l’âge de 103 ans. Elle nous aura légué bien plus qu’un haricot. La municipalité de Chénéville (zoné 4a) a inauguré en 1986 en sa présence la "montée Dinel" pour commémorer la contribution de cette femme dans cette région.

Qui plus est, pour son 100e anniversaire de naissance, un article paru le 14 avril 1986 dans le journal "Le Droit" d’Ottawa sous le titre "Les cent ans de grand-maman Dinel" citera entre autre le témoignage de Robert Burns, juge à la cour du travail:

Elle avait 94 ans et travaillait encore dans son jardin. Quand j’arrêtais la voir, elle me parlait toujours de ce qu’elle allait planter l’année suivante. Pour moi qui était dans la cinquantaine à ce moment là, c’était quelque chose d’assez particulier.

Ainsi donc, après avoir pris notes et photographies, l’étape subséquente nous a amené à rechercher l’origine de la variété. Après avoir planché pendant plus d’un an dans d’anciens catalogues (Québécois et Ontariens), contacté des personnes ressources tant professionnelles qu’amateures, fouillé dans des bases de données, comparé plusieurs centaines de spécimens, nous n’avons malheureusement encore pu retrouver la souche originale. Nous y travaillons encore et faisons appel à toutes personnes désireuses de nous assister dans cette tâche.

Maximilienne Dinel (source: Judith David)

Maximilienne Corbeil Dinel (source: Judith David)

Toutefois, même incomplète, il nous apparaissait utile d’en dresser un portrait le plus fidèle possible dans l’éventualité qu’une personne bien intentionnée ait des renseignements pertinents à ajouter à la connaissance de ce légume du terroir québécois.

Malgré nos bonnes intentions, il y a eu continuellement un ou plusieurs éléments non conformes avec notre haricot témoin (couleur ou forme des semences, du légume, de la fleur, hauteur du plant, etc.). En attendant de le (re)découvrir, voici quand même quelques constats importants suite à nos démarches:

  • En 1907 (année où Maximilienne Corbeil Dinel a reçu ses graines), les variétés grimpantes qu’on appelle à "rame" en français et "pole bean" en anglais sont, en grande majorité, vertes. Ça diminue beaucoup les recherches.
  • Les grimpantes sont aussi moins nombreuses que les naines; ça rétrécie encore davantage les choix possibles.
  • Peu importe les entreprises de l’époque qu’elles soient québécoises ou ontariennes ( Reenie’s, Ewing, Simmer, Morisset, etc.) l’offre est relativement semblable d’une compagnie à l’autre.
  • Il existe néanmoins encore des centaines de cultivars en provenance d’autres pays (États-Unis, France, Ex-URSS, etc.) qui n’ont pas encore été comparé. Rien ne nous démontre qu’il ne serait pas issu de l’un d’entre eux.
  • Il y a des chances pour que le cultivar actuel se soit adapté et aurait peut-être pu même développer certaines caractéristiques propres rendant le jumelage plus difficile.

Documents historiques en PDF concernant le mariage de Léandre Dinel et de Maximilienne Corbeil: Noces Léandre Dinel et Maximilienne Corbeil (1) Noces Léandre Dinel et Maximilienne Corbeil (2)

Nous tenons à souligner sincèrement la précieuse collaboration de Judith David et de Jean-François Lévesque sans qui cet article n’aurait été possible. Toutes reproductions des photographies sont interdites à moins d’autorisation.

Le festival de l’ail de Sainte-Anne-de-Bellevue

Vous prévoyez faire un tour du côté de Sainte-Anne-de-Bellevue le samedi 23 août 2014 ? Profitez-en pour visiter leur festival de l’ail. Pour cette 8e édition, la journée sera consacrée à l’ail québécois de plus en plus prisé par les connaisseurs.

Par ailleurs, vous pourrez rencontrer de nombreux producteurs locaux et assister à divers ateliers tels des démonstrations de cuisine, les méthodes de culture organique, déguster des mets à base d’ail, etc.. Il y a même le concours du meilleur dessert à l’ail.

Bref, amenez votre rince-bouche. L’an passé, pas moins de 3500 personnes s’y sont déplacés. Préparé par Le Marché des Fermiers de Sainte-Anne, les organisateurs vous convient aussi à d’autres thématiques du même genre tout au long de l’année telles la journée de la tomate le 16 août, la fête du piment du Chili le 27 septembre et la fête des récolte lors de l’action de grâce du 25 octobre.

Barthélémie-Télésphore et Anatole Décarie, pères du melon de Montréal

On parle de plus en plus de la renaissance du melon de Montréal; un fruit dont la célébrité atteignit son apogée entre 1870 et 1920. Mais derrière cette ancienne vedette, se cache des artisans lui ayant consacré presque leur vie entière notamment Barthélémie-Télésphore Décarie (1841-190?) et son fils Anatole (1884-?).

En effet, l’une des traditions orales voudrait que l’origine du melon musqué proviendrait de semences de France apportées par l’un des employés du père.

Par ailleurs, la renommée de leurs terres (entre la rue St-Jacques jusqu’à la côte St-Luc) et situées sur ce qu’on appelle aujourd’hui Notre-Dame-de-Grâce faisait aussi en sorte qu’on conférait d’autres commentaires élogieux à d’autres types de récoltes comme le cite un article paru dans le journal "La Patrie" du 9 août 1903:

les pommes, les tomates, les choux et les oignons de Notre-Dame-de-Grâce y sont célèbres.

La famille établie depuis 1675 construisit une maison qui accueillie pas moins de 9 générations. C’est justement en leur honneur, l’une des premières à s’être installée à Montréal qu’on nomma l’avenue Décarie, aujourd’hui Boulevard, Décarie. On voit justement une photographie de la résidence familiale au tournant du XIXe siècle jusqu’au moment de sa démolition survenue en 1912 pour laisser place à la voie ferrée du Canadien Pacifique.

Maison Décarie construite en 1680 (photo: www.n-d-g.ca)

Maison Décarie construite en 1680 (photo: http://www.n-d-g.ca)

Même maison en 1850

Même maison en 1850

En effet, outre ses deux personnages, il y a eu d’autres artisans venus porter leur brique au monument de ce fruit typiquement québécois, notamment la famille Gorman mais la contribution, d’Anatole Décarie, réputé "grand-maître", fût sans contredit, celle de créer une souche 10 jours plus précoce que ses compétiteurs. Pour le commun des mortels, cela ne veut pas dire grand chose mais pour un agriculteur, c’est toute une différence pour l’époque. Cette technique aurait été inspiré par un soi-disant livre d’Europe bien particulier du nom de "livre des horticulteurs français et étrangers".

En effet, selon l’ouvrage "Montréal, activités, habitants, quartiers", d’Annette Beaulieu édité en 1984 par la Société historique de Montréal, celle-ci y fait la mention suivante:

La culture du fruit laissé par son père, Télesphore Décarie, a pu sélectionner de superbes gros melons mûrs à point sur ses terres de Notre-Dame-de-Grâce. Cette science aurait été inspiré, entre autre, d’un livre français intitulé: Livre des horticulteurs français et étrangersCe bouquin, gros comme un dictionnaire, avait été consulté si souvent que la couverture en était toute usée, tout comme les pages marquées de signets, surtout aux endroits où l’on traitait de la culture du melon.

C’était cette réputation exceptionnelle qui faisait en sorte que de nombreux établissements prestigieux tels l’hôtel Windsor de Montréal venait s’approvisionner chaque année. Une anecdote intéressante fait état que lors d’une mauvaise saison ou les melons s’avéraient peu présentables en raison de taches et d’une peau fendillée, Anatole Decarie suggéra en contrepartie au représentant de l’hôtel une confiture de melon confectionnée par sa femme Marie-Catherine. Ce dernier fut si impressionné qu’il en commanda suffisamment pour la faire travailler, elle et ses aides pendant quinze jours consécutifs juste pour répondre à la demande. Si nous tombons sur la recette, on vous la partagera c’est sûr.

Source: archives de Montréal

Source: archives de Montréal

Une autre histoire singulière mentionne qu’un jour, un ami personnel du roi Édouard VII (1841-1910), un dénommé Monsieur Dawson, client de l’hôtel Windsor, cherchait un cadeau particulier à offrir au souverain pour son retour au pays. Se souvenant du goût remarquable du fruit, il vint trouver Anatole avec lequel il choisit des spécimens de très bonnes dimensions qu’ils expédièrent entourés de mousse dans de grosses caisses à claire-voie (cela signifie avec fenêtres pour laisser passer le jour) étiquetées au nom du roi, comme on le voit sur l’image ci-contre. Nous n’avons pu trouver de traces de la réaction ou de commentaires de l’empereur sur ce cadeau.

Néanmoins, outre New-York, Philadelphie, Boston et Chicago où les melons étaient expédiés par des entreprises spécialisées, la compagnie familiale satisfaisait la bourgeoisie Montréalaise en distribuant les fruits en charrette comme le fait foi cette image à gauche (estimée vers 1910) sur laquelle on retrouve en arrière plan, Anatole Décarie.

Charette de melons de Montréal (vers 1910)
Photo: Yves Decarie

Malheureusement, le melon ne survécu pas aux grandes transformations technologiques agricoles, aux nouveaux goûts des consommateurs et le savoir des hommes, incluant leur créations. se perdirent avec le temps.

En effet, dès 1956, plus personne n’en produisait et les semences avaient disparu des catalogues. Aujourd’hui, des tentatives sont à l’essai pour sa réhabilitation mais de mémoires d’homme, il faudrait bien du temps avant de revoir une telle merveille gustative. Le travail et la passion d’une vie, cela ne se recrée pas du jour au lendemain. Vous pouvez visualiser une capsule vidéo de 6 minutes qui relate, entre autre, l’agriculture de cette époque dans la région de Montréal avec un petit clin d’œil sur ces deux hommes et leur melon.

 

Pour en savoir plus, consultez un de nos anciens articles intitulé : Le melon de Montréal (mise à jour).

Carte postale de juin 2014

Jardin scolaire (chemin du Roy)

La semaine dernière, nous avons reçu un message de notre garderie nous proposant d’acheter des plants de fruits et légumes pour un dollar chacun. Les sommes amassées iront à l’achat de jouets, activités et autres projets destinés aux enfants (entre 0 et 5 ans). Ceux-ci avaient eux-mêmes plantés les petites graines et tranquillement pris soin d’eux en les arrosant. On a voulu encourager en nous procurant du melon pour le jardin de grand-papa. Mais cela m’a quand fait penser aux jardins scolaires.

Jardin scolaire (photo: www.canadiana.ca)

Jardin scolaire (photo: http://www.canadiana.ca)

En effet, on l’a oublié mais l’acquisition de compétences en agriculture et en jardinage "productif" à fait en sorte qu’on a développé une grande tradition partout au Canada par l’intermédiaire de cours à l’école comme en fait foi cette ancienne photographie (date inconnue) et ce livre publié en 1915 par le Ministère de l’agriculture du Canada.

Mis de côté pendant des décennies, la tradition tente de renaître depuis 2012 par l’intermédiaire d’un réseau des jardins scolaires pan canadien.

Comme son directeur Tim Woods l’indique:

Notre propre centre d’intérêt est la science de l’agriculture et l’initiation d’une nouvelle génération au potentiel du Canada de contribuer à nourrir la population croissante à l’échelle de la planète. Mais nous sommes tout aussi heureux d’aider les écoles dont l’orientation serait différente et qui s’intéresseraient, par exemple, à la nutrition et au jardinage biologique ou patrimonial.

Un jardin surélevé pour mes enfants en 2014

Un jardin surélevé pour mes enfants en 2014

Il y a du chemin à faire car selon l’organisme Nutriments pour la vie, seulement 1% de toutes les écoles au Canada possède un jardin.

En tous cas, on pourra dire que je fais ma partie avec mes bout-de-choux en les initiant à la biodiversité, aux techniques de culture et à l’importance du goût.

 

Comment produire et conserver vos semences de maïs

Je dois faire une confidence. Je redoute le moment où j’aurai à produire mes propres semences de maïs car j’habites une région agricole où il est roi… et avec OGM en plus. Il n’y a rien qui m’y oblige mais un jour, je veux tenter l’expérience. Pour ajouter d’un cran le niveau de difficulté, notre voisin producteur en fait pousser autour de notre propriété à quelques mètres de la bordure de notre terrain. De la monoculture à perte de vue. Pourquoi cette crainte?

Et bien, pour ne pas qu’il y ait croisement, un maïs devrait être éloigné minimalement de 3,2 kilomètres d’une autre variété. Une seule panicule peut fournir jusqu’à 5 millions de grains de pollen qui risquent, par autofécondation, produire des semences non conformes. Et comme, il est très facile de faire des croisements à cause des vents, je n’aurai d’autres choix qu’en faire manuellement. C’est très ardu. Si j’avais une barrière naturelle comme un brise-vent d’arbres d’au mimimum 15 mètres de hauteur suffisamment dense et large, je m’y lancerai mais je suis encore à me demander si l’expérience me tente cette année.

sac à panicules

panicules ensachées

Ah oui, j’oubliais aussi de vous mentionner que vous devrez planter un minimum de 100 plants, idéalement 200 et certaines sources avancent le chiffre de 400 pour conserver une diversité génétique. Vos rangées devront être conçues pour former un carré. Et parmi ceux-ci, vous conserverez les 100 plus beaux spécimens, soit ceux répondant le plus aux descriptions du cultivar. Prenez l’habitude de les identifier avec un ruban de couleur. Ça prend donc, de l’espace, du temps, de l’énergie, du "timming" et de l’observation. C’est pas donné à tout le monde. Je vais donc tenter de vous expliquer cette technique le plus simplement possible. N’hésitez pas à poser des questions. J’ajouterai des infos au fur et à mesure.

  1. Avant tout, procurez-vous des sacs de papiers spécialement conçus à cet effet.
    Fécondation croisée du mais (source: www.gnis-pedagogie.org/)

    Fécondation croisée du mais (source: http://www.gnis-pedagogie.org/)

    Seeds savers en offre (appelés "corn bags" en anglais mais "sac à soie" ou "isolateur" en français). Je cherche encore une ressource québécoise. En effet, un sac de papier conventionnel va se détériorer et se déchirer sous la pluie et les vents comparativement à ceux-ci conçus pour résister aux conditions climatiques extérieures. Il en existe deux sortes: sac pour panicules / sac pour épis. L’un adapté pour les panicules en papier brun huilé et l’autre pour les épis, habituellement transparent.

  2. Ensuite, après tout risque de gel au sol passé et celui-ci réchauffé, pré-germez vos semences avant la mise en mise en terre. Ça augmente le pourcentage de levée. Pour cela, faites-les tremper dans de l’eau tiède pendant 24 heures. Rincez et répétez le processus (2 fois par jour) jusqu’à ce qu’un germe pointe le bout de son nez (environ 2 à 3 jours). Ça vous permet d’éliminer tout de suite les graines non viables. Faites-en donc tremper davantage.
  3. Semez-les ensuite à 3.5 cm de profondeur, habituellement à 20 centimètres de distance, en rangs, espacés de 60 à 75 centimètres, dans une terre humide.
  4. Anthères de maïs
    Anthères de maïs (organe mâle)

    Lorsque poussées, de vos 100 plus beaux spécimens, ensachez 50 épis  (organe femelle) avant l’apparition des soie. (voir photo: épis de maïs (organe femelle)).

  5. Quelques jours plus tard, ensachez le panicule (organe mâle) des 50 autres plants (voir photo: panicules ensachées). Sur cette tige se formera les anthères (voir photos: anthères de maïs (organe mâle)) sur lesquels se libèrera le pollen qu’on récoltera pour en saupoudrer les 50 épis au moment voulu. Ce processus s’étale sur environ 2 à 3 jours.
  6. Sortez les épis de leur sachet et lorsque vous verrez sortir les soies (entre 2 et 5 cm de long), ramenez-les avec l’aide d’un canif, à 1 cm. Sinon, ensachez-les de nouveau jusqu’à la bonne longueur. Saupoudrez-les du pollen récolté. Ne tardez pas trop car les anthères parviennent à maturité rapidement. C’est pour cette raison qu’on suggère une pollinisation manuelle en matinée car la chaleur de l’après-midi risque de détruire la viabilité du pollen enfermé dans le sac. Écrivez sur le sachet la date de pollinisation avec l’aide d’un crayon feutre à pointe fine indélébile. Ça évite les erreurs. Agrafer le sac et laissez-le sur le futur légume jusqu’au moment de la récolte. Le vidéo ici-bas vous donne quelques infos pertinentes sur ce point. En faisant cela, ça empêchera la consanguinité.
  7. Pour augmenter encore vos chances, coupez les panicules des autres (voir photo: castration manuelle).

    Castration manuelle du blé d'Inde (source: www.gnis-pedagogie.org)

    Castration manuelle du blé d’Inde (source: http://www.gnis-pedagogie.org)

  8. À cette étape, considérez les éléments suivants avant de choisir les spécimens sur lesquels vous récolterez vos graines: (1) Éliminer les plantes en bordure du terrain, trop sujettes à s’hybrider de manière accidentelle. (2) Mettez aussi de côté les plants rachitiques et "exit" aussi les spécimens non conformes. (3) Finalement, conservez seulement les graines médianes du légume. Les petites semences aux deux extrémités de l’épis n’ont aucune valeur.
  9. Les semences conservent une puissance germinative d’au plus 2 années. Mais l’idéal sera d’en produire à chaque année. Entreposez-les dans des sacs de papiers, au sec, en y inscrivant le nom du cultivar et l’année de récolte.

Comprenez-vous maintenant pourquoi j’hésites à produire des semences de maïs.

J’espère vraiment avoir été suffisamment précis. J’avoue que l’exercice peut paraître ardu et qu’il exige de nombreuses étapes mais la vigilance demeure la clé du succès.

épis de maïs (fleur femelle)

épis de maïs (organe femelle)

 

À noter: Vous pourriez produire plus d’une variété en fonction de leur temps de floraison (ex: cultivar hâtif versus cultivar tardif).

 

Un relooking pour le printemps

Potagers urbains, les légumes anciens les plus cultivésAprès plus de trois ans avec la même mise en page, nous croyons pertinent "relooker" notre blogue. À la suite d’un interminable hiver, le désir de revêtir nos plus beaux atours s’est fait sentir.

Nous optons donc pour un visuel sobre et épuré afin de continuer à donner toute la place aux sujets et aux acteurs (trop souvent ignorés) qui les entourent. Nous poursuivrons nos fouilles pour vous dévoiler ces pans de l’histoire si peu explorés sur le net et à vous en apprendre toujours davantage sur les fruits et légumes rares du Québec et parfois d’ailleurs.

Pour ce renouveau, nous vous proposons un livret de 30 pages édité en avril dernier intitulé "Potagers urbains: les légumes anciens les plus cultivés". Pour vous brosser un tableau très sommaire de son auteure, Louise Chevrefils, sachez simplement qu’elle fût l’une de nos muses lorsqu’il y a plus de 10 ans, nous avons commencé à nous intéresser à ce sujet.

En effet, celle-ci avait déjà une bonne longueur d’avance car elle distribuait généreusement sur l’Internet naissant ses observations, de l’information et des photographies sur ce monde végétal qu’elle avait acquis depuis les années 1980. Avec tant d’expérience derrière la cravate, elle souhaite aujourd’hui…

venir en aide aux jardiniers qui désirent cultiver des légumes traditionnels, des variétés déjà citées dans le catalogue Vilmorin-Andrieux à la fin du 19e siècle auquel se sont ajoutées des variétés développées au 19e et 20e siècle avant les bouleversement de la culture industrielle.

Louise Chevrefils

Louise Chevrefils

Distribué au moyen d’une plateforme d’édition indépendante, nous croyons important encourager cette forme de transmission du savoir citoyen car, en ce qui a trait à aux légumes ancestraux, ce sont souvent des sources inestimables d’expérimentation et de trouvailles. Au prix de 9.99$ en format PDF instantané, 14,99$ avec couverture souple ou 29,99$ avec couverture rigide imprimée, vous apprendrez, nous en sommes persuadés "des vertes et des pas mûres".

Nous voulons remercier Jasmine Kabuya Racine de nous avoir fait découvrir cette référence. N’oubliez pas de visiter son blogue "Je suis au jardin" et de lire, entre autre, ses chroniques horticoles dans le magazine Coup de pouce.                      

Curiosité au potager: l’arachide Texas white and red

arachide Texas Red and White (source: www.arthurleej.com)

arachide Texas Red and White (source: http://www.arthurleej.com)

 

L’idée de cultiver des arachides m’a toujours laissé indifférent… jusqu’au moment de rencontrer celle-ci.

En effet, le hasard m’a amené à retracer un producteur-amateur américain qui m’a raconté l’historique "verbale" de cette cacahuète aux couleurs peu communes. Et comme j’aime les histoires, j’ai décidé de vous la raconter.

Selon ses propos, on doit remonter aux années 1970 où, pour encourager leur club de football, l’Université du Texas (reste à préciser laquelle) a réussi à sélectionner cette variété aux couleurs de l’équipe. Pour ceux l’ignorant, le Texas est le 2e producteur d’arachides aux États-Unis. Il paraissait donc tout naturel qu’une telle sélection y fasse son apparition.

Ainsi, une fois sélectionné et stabilisé, les cacahuètes ont ensuite été produite et vendu lors de leurs matchs de football pour amasser des fonds et ceci, pendant de nombreuses années… pour ensuite tomber dans l’oubli.

Dans un autre ordre d’idée, peu de personnes s’en souvienne mais nos grands-parents en faisaient aussi pousser dans leur potager. Oui!, Oui!, Oui!, ici-même au Québec. À l’époque, les anciens leur attribuait également le nom de "pistache de terre".

Par exemple, en 1952-1953, W.H. Perron vendait une seule variété sous l’appellation "hâtive prolifique" avec la mention suivante:

Plante légumineuse, annuelle, tropicale qui peut vivre et quelquefois mûrir sous notre climat mais qui ne peut être cultivée avec profits. Pour obtenir les meilleurs résultats, semer en avril en pot ou en couche froide et transplantez en pleine terre à la fin de mai ou au commencement de juin. L’arachide préfère une terre légère et meuble.

Aujourd’hui, il en existe plusieurs autres incluses dans l’un des quatre groupes suivants:  Valencia; Espagnol; Virginia et rampant. Les deux premières étant les plus précoces et "cultivables" pour le territoire québécois.

Quant à lui, le cultivar Texas red and white est similaire au type Valencia, sauf en ce qui a trait aux tiges qui elles, sont vertes à brun verdâtre et les gousses rugueuses, irrégulière et moins volumineuses. Très facile à planter, c’est un merveilleux projet à réaliser avec vos jeunes enfants.

Pour le moment, vous pouvez vous en procurer uniquement dans quelques entreprises aux États-Unis notamment (site en anglais seulement) chez Smart Gardener.

Alexander W. Livingston, père de la tomate moderne

Alexander W. Livingston (source: wizzley.com)

Alexander W. Livingston (source: wizzley.com)

Au crépuscule de sa vie, mon père ayant été propriétaire d’un commerce pendant 40 ans, m’a fait un jour la réflexion suivante: "mon fils, un succès instantané, c’est souvent 20 ans de travail acharné". Ces paroles me résonnent encore en moi et je crois qu’elles s’appliquent tout à fait à l’histoire d’Alexander W. Livingston (1821-1898).

En effet, c’est le temps qu’il aura consacré pour créer la première tomate "moderne" telle qu’on la connaît aujourd’hui, c’est-à-dire grosse, sucrée, lisse et uniforme.

Au départ, rien ne laissait présager qu’il accéderait au panthéon des hybrideurs. Originaire de Reynoldsburg en Ohio et élevé sur une ferme, son fort intérêt pour les semences et les plantes dépassa rapidement son éducation limitée. Très jeune, on lui reconnu dans sa région un grand potentiel voire une notoriété dans ce domaine. À 29 ans, (1850), il fonda la société de commercialisation de semences Livingston Buckeye Seed Gardens. Deux ans plus tard, il acheta 70 de terre près de Reynoldsburg où son entreprise prospéra rapidement.

Par contre, il se démarqua surtout en devenant le premier semencier américain du XIXe siècle à jouer un rôle majeur dans le popularisation de la tomate aux États-Unis. À son palmarès, il créera (entre 1870 et 1898) les 31 variétés suivantes: Acme, Perfection, Golden Queen, Favorite, Beauty, Potato Leaf, Stone, Royal Red, Gold Ball, Buckeye State, Aristocrat, Large Rose Peach, Honor Bright, Dwarf Yellow Prince, Magnus, Aristobright, Royal Colors, Dandy Dwarf, Multicolor, Princess, Grandus, Dwarf Stone, Dwarf Purple, Globe, Hummer, Coreless, Manyfold, Rosy Morn, Giant Oxheart, Hansing’s Improved Wilt-Resistant Marvel, New Yellow Oxheart, Ohio Red, Ideal, Main Crop Pink et… la Paragon, qui fût son premier-né en 1870. Elle lui aura demandé 20 ans d’effort et de tentatives pour répondre à ses attentes.

Il est très important de se souvenir qu’autrefois, la tomate avait la grosseur d’une tomate cerise. D’un goût amer, cette grimpante était cultivée davantage pour son aspect exotique plutôt qu’alimentaire car on la croyait toxique. Les choses ont bien changé car aujourd’hui c’est l’un des fruits les plus populaires dans le monde avec, selon certaines sources, près de 15 000 cultivars uniques. Pas mal!  

Mort en 1898 à l’âge de 77 ans et en sa mémoire, Reynoldsburg organise annuellement depuis 1960, le festival de la tomate. Pour en savoir davantage sur cette histoire fantastique, vous pouvez lire ou télécharger son livre intitulé: Livingston and the tomato (en anglais seulement) paru en 1883.

 

Festival de la tomate Reynoldsburg

 

 

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